Sabine Torres, Creusotine, 31 ans, Sciences Po, prof de lettres et philo, elle fait du journalisme pour payer ses études. Elle a donc été journaliste à la pige et correspondante de presse, notamment pour la presse gratuite. Retour sur la rencontre de Lyon Piges, mardi 7 février 2012 avec Sabine Torres.
Un caractère trempé
Responsable d’édition au Petit Futé, elle claque la porte en désaccord avec la gestion de son éditeur. Le 16 août 2009, elle crée « dijOnscOpe ». Le premier pur player régional à obtenir le statut d’éditeur de presse en France. Le site est une plateforme collaborative, spécifique. Elle met en place une charte éditoriale stricte : pas de voyages de presse, ni de déjeuners avec les politiques, c’est un motif de rupture de contrat de travail. Pas de publireportages non plus.
Un montage financier à l’arrache
« J’ai réuni toutes mes économies, 30 000 euros, 10 000 euros de capital, mais au total j’avais besoin de 150 000 euros« . Elle frappe à toutes les portes des agences bancaires et finalement décroche un prêt au Crédit Lyonnais. « Le dossier de présentation faisait 150 pages, le Crédit Lyonnais nous a suivi avec l’appui de Mediapart et parce que j’étais lauréate du réseau Entreprendre en Bourgogne. Ils m’ont prêté 20 000 euros« . Elle empile les prix pour son projet : lauréate de l’association des prêts d’honneur de Côte d’Or, (20 000 euros) puis un autre prix 10 000 euros. De prix en prix, elle réussit à boucler son tour des prêteurs grâce à l’appui d’un investisseur privé : « Je lui dois 75 000 euros« .
La ligne éditoriale
« Si nous sommes passés payants, ce n’est pas pour publier des infos que les lecteurs vont trouver ailleurs gratuitement. Nous ne traitons pas les chiens écrasés » Pour faire la différence entre les informations des journalistes et les infos des communicants : « nous alimentons un fil d’infos avec les communiqués que nous recevons à la rédaction, mais ce sont des communiqués. Ils sont étiquetés comme tels sur le site. La valeur ajoutée des journalistes n’est pas de paraphraser les dossiers de presse. Nous avons affiné notre ligne éditoriale au fur et à mesure et notre éthique c’est peu à peu structurée. Quand on est passé payant, j’ai refait la charte éditoriale de dijOnscOpe (lire ici sur le site de dijOnscOpe), on était parti de la charte de Munich (lire ici sur Wikipédia), plus des aménagements sur les voyages de presse, et j’ai rajouté la charte de l’éditeur.
Les thématiques ne sont pas dijono-dijonaise, la 1ère ville de lecture Dijon, 2nde Paris, 3ème Besançon ».
Le modèle économique
« Pour l’instant je suis en équilibre d’exploitation, j’attends une subvention dédiée à la presse en ligne. Avec 5 euros par mois, il faut 3 500 abonnés pour arriver au seuil d’exploitation, pour l’instant on en est à 800. Avant de perdre tout nos annonceurs, nous faisions 25 000 visiteurs uniques par jour, on a perdu 60% de nos visiteurs avec la perte des annonceurs« . Aujourd’hui, dijOnscOpe emploie une dizaine de salariés, soit 6 équivalents temps pleins, ils représentent près de 90% des charges d’exploitation. Pour connaître le statut et les droits des pigistes, elle appelle un syndicat pour avoir des infos sur leur droit : « Le SNJ ne renseigne pas les patrons sur le statut des pigistes » s’entend dire Sabine Torres « quand je les ai appelé, ils n’ont rien voulu me dire ». (Lyon Piges a cassé sa tirelire et lui a offert le Guide de la Pige 2011-2012 pour la remercier de son intervention et lui donner de quoi mieux connaître le statut complexe des journalistes rémunérés à la pige – à lire sur Lyon Piges).
Un procès retentissant
« Je faisais une revue du web, mais Le Bien Public et Les Journaux de Saône-et-Loire en juin dernier nous attaqué pour reprise abusive de leurs articles. Ils nous ont mis en demeure en mai 2010, et assigné en juillet« . Finalement la justice donne raison à dijOnscOpe, l’aventure continue et Le Bien Public renonce aux 40 000 euros de dommages demandés. Mais la presse nationale en parle, dijOnscOpe double le nombre de ses visiteurs.
Adieu les annonceurs
DijOnscOpe finançait son modèle avec des annonceurs. « Nous avons eu un certain nombre de problèmes avec les annonceurs, ils étaient au nombre de 137, mais j’ai toujours eu des problèmes avec le Grand Dijon, la Mairie de Dijon, on a gagné environ 200 000 euros avec eux« . Fin 2011, dijOnscOpe traverse d’autres turbulences, les annonceurs ne supportent pas son ton jugé trop libre. Le site perd ses annonceurs. Le Landernau dijonnais attend de voir l’agonie du trublion de la presse locale. (lire article de Lyon Piges ici). Cette nouvelle péripétie provoque une prise de conscience chez Sabine Torres. « Le métier de journaliste a un prix, notre travail a de la valeur. Je n’aurais jamais dû faire croire que l’info de qualité elle pouvait être gratuite. J’ai pris la décision en 15 jours de passer au tout payant »
Elle décide de changer de modèle économique et de passer payant. « L’info gratuite sur internet n’a pas de valeur ajoutée, mais l’information à grande valeur ajoutée, on la paie« . (Lire ici le nouveau contrat avec les lecteurs sur dijOscOpe)
À l’interne
Les salariés sont rémunérés au SMIC, la pige est à 50 euros brut pour un article quelque soit la longueur, + 5 euros de frais fixes. DijOnscOpe a conclu un partenariat avec Mediapart, un échange de contenus, pour découvrir l’un et l’autre site d’information, dijOscOpe propose un abonnement couplé avec Mediapart. « J’ai fait un peu de ménage en janvier 2010, j’ai mis en place des process de travail pour le rendu des articles« , notre édition sort en moyenne à 9h00, en 2009 on avait 17 minutes de retard, en 2011 on l’envoie à 8h45.
Le bassin de lecteurs : les Bourguignons, 1,6 million d’habitants.
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