A l’occasion des élections à la Commission de la carte 2012, la section Ain-Rhône-Loire du SNJ ausculte l’évolution du nombre de journalistes professionnels dans ces départements, notamment l’évolution chez les journalistes rémunérés à la pige.
La Carte reflète également une précarisation de la profession
Les études, c’est un petit peu comme les sondages. Ce n’est pas tant la « photographie »du moment qui compte que la tendance sur la durée. Depuis1990, le SNJ « ausculte » la profession au travers du lieu de résidence des journalistes, donnée qui préside au découpage par régions opéré par la Commission de la Carte. Que montre localement ce coup de rétro ? Tout d’abord une explosion des vocations.
En vingt ans (1992-2011) le nombre de cartes de presse dans la région Ain-Rhône-Loire a augmenté de 57,19%, passant de 633 à 995au 31 décembre dernier. A titre indicatif, cette hausse n’a été« que » de 35% sur l’ensemble de la France. Avec un effet loupe, on constate que l’Ain connaît la plus forte progression (+88,2%) sur des chiffres toutefois modestes(51 journalistes en 1992, 96 en2011). La Loire arrive deuxième(+60,2% passant de 98 à 157)devant le Rhône (+53,3% passant de 484 à 742 journalistes en vingt ans). Il existe évidemment des journalistes qui sont rémunérés à la pige par choix. Reste que, pour la plupart, c’est subi. Tout comme les contrats à durée déterminée.
On considère donc le nombre de CDD et de pigistes comme un indice tangible de la précarisation de la profession. Du moins parmi les journalistes qui détiennent une carte de presse. Parce que pour avoir un état des lieux au plus près de la réalité, il faudrait ajouter tous ceux dont le mode de rémunération – subi, là encore -ne leur permet pas d’obtenir le précieux sésame (honoraires, droits d’auteur, factures…) ainsi que les chômeurs de longue durée qui n’ont pu voir leur carte renouvelée ou les journalistes dont la baisse des revenus les fait passer durablement en-dessous du seuil d’un demi smic. En l’absence d’éléments précis sur ces derniers, on se « contentera »- bien malgré nous – des journalistes détenant une carte de presse. Force est de constater que la région se rapproche du contre-modèle francilien.
En Ain-Rhône-Loire 19% des journalistes sont pigistes ou CDD. Ce chiffre monte à 25% en région parisienne contre 16,5%dans l’Hexagone hors Ile-de-France. Là également, tous les départements ne sont pas égaux. Pigistes et CDD représentent8,3% des journalistes de l’Ain,10,2% dans la Loire et… 22,2%dans le Rhône. La photographie est inquiétante mais la tendance ne l’est pas moins.
En 1992, 18% des encartés étaient pigistes ou CDD (11,8% dans l’Ain, 11,2%dans la Loire et 20% dans le Rhône). Reste que dix ans plus tard, malgré une forte augmentation du nombre de cartes (+45% entre 1992 et2002), la part des pigistes et CDD était descendue à 15,6%dans la région. Leur nombre n’augmentant « que » de 25,4%dans le même temps. La dernière décennie a donc vu une hausse modérée du nombre de cartes (+8,4% entre 2002 et2011) pendant que pigistes et CDD augmentaient de +32,2%.Là encore, les trois départements de la région ne sont pas égaux face à la précarité. Dans l’Ain pigistes et CDD ont diminué entre 2002 et 2011 (-11,1%, dans les faits ils sont passés de 9 à 8).Dans la Loire, leur nombre a augmenté de 23,1% (16 contre13 il y a dix ans). Dans le Rhône c’est du +36,4%. Il y avait 121pigistes et CDD en 2002 et ils sont aujourd’hui 165.Ce sont les limites « humaines »des statistiques. Noter que pigistes et CDD représentaient18% des cartes de presse dans la région en 1992 et que cette proportion est aujourd’hui de19%, c’est oublié que ce leur nombre est passé de 114 à 189en vingt ans. C’est à dire que cela fait 75 personnes de plus qui se retrouvent certainement pour la plupart dans la précarité. On est loin de l’image des « stars du 20 heures » que véhicule la profession auprès du public.
Source : Article tiré de « SNJ infos », avril 2012